Hier soir j'ai regardé une émission de télévision « Complément d’enquêtes » sur France 2 intitulé « Immobilier : la gueule de bois ? » présentée sous forme de petits reportages. On y parlait des nouveaux endettés de l'immobilier. Je croyais en connaître un rayon sur le boom de l'immobilier et la flambée des prix, je pensais qu'on allait encore tomber dans les clichés du « faut-il investir maintenant ? » au contraire pour une fois on abordait les vrais problèmes et on touchait de près certaines vérités.

C’est une aubaine pour les plus pauvres, les banques prêtent à bon prix, les taux d’intérêts sont de plus en plus bas , le rêve d’être propriétaire est enfin à portée de tous à condition de s’endetter à vie sur 20 – 30 voire 50 ans. Vous pouvez même vous endetter sur plusieurs générations ! Dans un reportage on donne l’exemple d’une femme élevant seule ses deux enfants qui habite un petit logement en rez-de-chaussée de 40 m2, pour gagner 10 m2 de plus elle n’hésitera pas à s’endetter à hauteur de 38% de son budget mensuel sur une durée de 30 ans (elle terminera son prêt à 68 ans, sans l’assurance d’avoir les mêmes revenus). On rencontre aussi un couple de jeunes (25 ans) avec un seul salaire, ils vont devenir propriétaire sans aucun apport personnel et acheter un deux pièces où tout est à refaire pour 150.000 euros. Ils vont emprunter la totalité de la somme sur 30 ans, ils vont payer à peu près le même montant en remboursement que leur loyer actuel mais dans 30 ans ils seront propriétaires !

En fait aujourd’hui tout le monde ou à peu près peut obtenir un prêt immobilier à la banque, on peut même être financé à 100%, certains foyers ont mêmes plusieurs prêts à la consommation dans différentes banques en parallèle. Et on s’étonne de l’envolée du surendettement ! Pourquoi les banques ne sont-elles pas plus encadrées ? C’est faire courir un trop grand risque à l’acquéreur.

Quand on a mis tout son argent dans l’achat de son appartement, on a plus de ressources pour réaliser les travaux, on ne peut pas payer ses charges de copropriété, on ne peut pas faire face à des dépenses imprévues. Le surendettement des ménages augmente ainsi considérablement le nombre de copropriétés en difficultés.

Mais pour en revenir aux travaux, pour réduire le coût et payer de 3 à 6 fois moins cher, la seule solution est de recourir au travail au noir. Rien de plus facile, des ouvriers polonais, ukrainiens attendent le client et proposent leur service devant les grandes surfaces de bricolage. Ils prennent de 40 à 60 euros par jour ! Mais vous pouvez tout aussi bien passer par une entreprise ayant pignon sur rue, elle sera d’accord pour un règlement en espèce sans TVA. Pour ces entreprises, c’est sans risque pour des petits chantiers de particuliers, leurs ouvriers sont déclarés, en cas de pépins, on leur attribuera un autre chantier. Dire que l’on est passé à côté du référendum pour l’Europe parce que les Français avaient peur de la concurrence sur le secteur du bâtiment des maçons polonais !

Le m2 est tellement cher à Paris que certains investisseurs ont vite flairé le filon des chambres de bonnes et des parkings. Une chambre de bonne c’est 12m2 loué 400 €/mois acheté 60.000 euros + frais de notaires + travaux mais avec des déductions fiscales intéressantes. Un investissement rentable lorsqu’on loue à un étudiant avec une caution parentale. Mais pour certains ce n’est pas un choix d’habiter dans une chambre de bonne, pour les moins fortunés, seules ces petites surfaces sont encore accessibles. Quand il n’y a pas assez de logements à loyers modérés, certaines familles n’ont pas d’autres solutions ! Dans un des reportages on peut entrer dans une chambre de 10 m2 où vivent un couple et un enfant, elle RMiste, lui chômeur, c’est peut-être mieux que l’hôtel ou le squat mais c’est la misère. Dans ces conditions tout est possible même louer sans difficulté une chambre de moins de 9m2.

Je pense que vous avez compris pourquoi cette émission s’intitulait « Immobilier : après le rêve, la gueule de bois ?»